C’est une première, celle qui fait bizarre, qui nous donne l’impression de ne pas savoir où l’on va. C’est Quentin, camarade de boutade, qui va ouvrir la marche de ces contributions extérieures ponctuelles. Si « l’inutilité du jour » affichée dans l’en-tête de ce blog vous fait briller en société, l’entière futilité de cet article vous comblera ; mêlant publicité, sexe et musique sans aucune retenue.

 
La Société Générale prône-t-elle le dégraissage de piston ?

Ça fait quelques semaines maintenant que tourne une certaine publicité d’une certaine banque française. Vous savez, une bande frivole de jeunes potes, exultant de fatigue après une pseudo séance d’escalade, et qui tient en joug une meute de loup en entamant des mesures enivrantes de beatbox sur « Pump it Up » de Danzel (morceau datant de 2004. Oui, déjà).

J’me suis demandé, pourquoi « pump it up » ?

Pour les monolingues, cette expression anglophone signifie à première lecture « augmenter » ou « monter ». Augmenter ou monter quoi ? Le son ! Bah oui, on parle de musique. Cependant, il y a un message trop peu caché. Pump it Up évoque glorieusement les plus belles lignes de la masturbation masculine, voire même de certains coïts pratiqués en Amazonie profonde.

Danzel

Sur un rythme techno dance, Danzel, un charmant bonhomme issu de la télé réalité, a donc repris un titre il y sept ans, (« Pump it Up » pour ceux qui ne suivent vraiment pas), et ce fut approximativement sa seule percée dans le domaine musical. On ne lui en veut pas : Danzel est belge. Et si Ozone n’a pas pu percer deux fois de suite, je vois pas comment un petit minet de la RealTV flamande aurait pu y arriver.

Black & White Brothers

Les interprètes originaux de ce titre sont les Black&White Brothers, des français (oui, moi aussi j’ai été surpris) qui faisaient de la dance 90, soit la même chose que Danzel mais 10 ans plus tôt, avec un soupçon d’influence latine. « Pump it Up » est une piste a capella qui rappelle un chant de prisonnier de l’Alabama dans les années 20, mais on retrouve le sample dans une autre chanson, complètement dance, « Put Your Hands Up in the Air » (bizarrement, aussi reprise par Danzel…). Avec tous ces « up », on a de quoi se dire que Barney Stinson n’a rien inventé. Et a priori, personne ne se tripotait le bambou sur les pistes de dance des années 90. A priori.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En 2003, Joe Budden, sur son album Joe Budden, interprétait son titre star, « Pump it Up », présent sur la bande originale de 2Fast2Furious. Cette fois-ci, on tape dans le rap lourd presque incompréhensible, même si on devine les nombreuses allusions sexuelles, mélangées dans un grand sac d’alcool et de Marie-Jeanne. « Ouf ». Un instant, j’ai presque cru que le sexe avait quitté le triumvirat des trucs qui dirigent le monde.

Elvis Costello

En matière de pompage, il y a une bande qui mérite une mention spéciale. Avec « Pump it », en 2006, sur Monkey Business, les Black Eyed Peas offrent un petit remix du thème de Pulp Fiction (pour les ermites, un film génial de Tarantino datant de 1994). « Pump it, louder », telle est l’idée, clairement sonore (« louder » signifiant « plus bruyant »), même si entre les lèvres de Fergie, le message est… Comment dire, plus long, plus dur, à cerner.

Enfin, remontons plus loin encore, en 1978, où Elvis lance ce qui semble être le premier « Pump it Up » sur les ondes. Je parle bien sûr d’Elvis Costello (le King étant mort en 1977), un gratteux anglais élévé à la pinte, et considéré par les geeks du genre comme un des nombreux précurseurs du Punk. Chez Elvis, pas de doute, on parle bel et bien de pompage de zizi : « All the things you bought for her, putting up your temperature. Pump it up until you can feel it. Pump it up when you don’t really need it » (Tout ce que tu lui achètes pour la chauffer ; pump it up jusqu’à ce que tu puisses le/la sentir ; pump it up quand tu n’en as pas vraiment besoin). La chanson, largement reprise, est d’ailleurs appréciée pour son abondance de double-sens grivois.

Autant vous l’avouer, vous n’avez pas appris grand-chose en lisant ceci. Et puis l’origine de Pump it Up, ça ne reste quand même pas simple à placer dans une conversation, bien que je vous mette au défi. La seule chose que l’on puisse en tirer, c’est que les publicitaires ont le sens de l’humour : la prochaine fois que vous entendrez cette fameuse banque vanter les mérites d’une carte de crédit spéciale jeunes, souvenez-vous que la plupart du temps, des jeunes, les banques, elles s’en branlent.

Don’t you know, pump it up.

Quentin, envoyé spécial en Amazonie.